19 oct. 2007

Trane, le petit prince du rail





A c’qu’il paraît il a douze ans, à c’qu’il paraît il fait deux mètres, à c’qu’il paraît c’est un gitan, à c’qu’il paraît il a dépouillé X et Y, à c’qu’il paraît il vient de Marseille… On s’arrêtera là pour les ragots dont raffole la scène graffiti.
Trane n’est rien de ça, Trane est tout ça, et tellement plus que ça. S’il n’en reste qu’un ce sera lui. D’ailleurs il ne reste que lui, les autres sont chez Agnès B., en taule, ou sur les forums internet à courir dans le virtuel après un titre qu’ils ont réellement laissé filé depuis belle lurette. Les balances ne servent plus à rien, Trane a tellement saigné la France qu’il peut partir à l’ombre 10 ans et revenir sans avoir perdu sa couronne. Du jamais vu. Chaque époque a ses cartonneurs, de Boxer à O’clock, mais rien n’arrive à la cheville de l’oeuvre de Trane. Rien, personne. À lui seul il ridiculise n’importe quel crew. Incontournable. Prenez votre voiture, perdez vous dans la campagne, cherchez la première voie ferrée à proximité, il y aura une pièce Trane. Ses détracteurs mettent en avant son absence de style; « il fait toujours la même chose ». Marrant que dans un milieu toujours prêt à imiter la dernière tendance on reproche au dernier des mohicans de ne céder à aucune mode et de se contenter de répéter inlassablement la même chose : T.R.A.N.E. Tu pourras pas dire que tu comprends pas, prends ça dans la gueule, visualise ce qui te sépare du trône. Puisque c’est si nase que ça, vas-y, rentre dans la compétition. Mais attention, le tournoi ne dure pas quinze jours, le temps de trouver autre chose à pomper. Avec Trane il n’y a pas de but en or, le match continue dans les vestiaires, et là ne compte plus sur l’arbitre pour t’aider… Eh oui, Trane joue dans la meilleure équipe. Dans les UV TPK, les milieux défensifs font passer Gatuso pour un chaton, Fuzi joue numéro 10 et distribue des caviars à son protégé. Trane c’est un peu Pipo Inzaghi. Pas vraiment élégant, pas vraiment aimé par le milieu, pas vraiment hype, mais toujours décisif, toujours là où il faut être, pendant que les autres vendangent leurs rares occasions, Trane transforme tout. Sa production rend anecdotique toute tentative de biographie. Peu importent les crews qu’il a pu quitter, les noms qu’il a utilisés, les fois où il a pu tomber. Au final il ne restera que cinq lettres de chrome incrustées sur un store, un toit, un wagon, un souvenir. Pas besoin d’attendre la mort d’un membre de l’Académie Française pour devenir immortel. Il l’est déjà, immortel, et indélébile, gravé à la Altona dans les têtes de tous ceux qui un jour ont levé le nez de leur journal dans les transports en commun, tous ceux qui ont manifesté un intérêt pour le graffiti, tous ceux qui ont mis le nez hors de chez eux, tous ceux qui ont vu leur environnement changer à mesure que les rats quittaient les dépôts du métro pour souiller la ville.

Olivier caTin