24 janv. 2007

Coulisses et autres organes...





Suite donc de la découverte de certaines coulisses, à l’heure où les fanzines papiers sont moins présents que jamais (Unité surnage, Gasface porte le flambeau désormais en kiosque et en couleur), voici une interview donnée par Sear (Get Busy) à un fanzine bordelais, Represent (justement sous-titré « Le fanzine qui sort jamais »). Quelques propos instructifs qui, même s’ils datent (n°3, juillet 1997), s’appliquent toujours à certains, que ce soit chez vos libraires ou dans vos favoris internet sous une autre forme. Heure bénie où les Yours, Get Busy, Racines, Da Niouz, Hors-Limite, Down With This / Rapport De Force, Da Funky Kam, The Truth, Watcha, et autres Matsa, même si pas totalement exempts de défauts pour certains, constituaient une solide et crédible alternative locale (avec des réseaux de distrib’ via les shops) à l’hégémonie de la presse publi-rédactionnelle molle du genou et figée dans le consensus. Quelques tentatives récentes ont fait long feu (OMAX6MUM, Fumigènes, Sans Concession), sans oublier les 1ers Syndicat / Real, et White Label, pourtant distribués en kiosque mais en décalage avec le ton pusillanime des habitués des rayons RAP de vos Relais H. Ceux qui savent n’apprendront rien, les autres les remercieront de ne jamais leur en avoir parlé. Vous ne comprenez pas ? Relisez l’intro après avoir lu l’interview.


Membre fondateur et leader de la ligne de conduite du premier Fanzine Hip Hop Français, Get Busy, avec son éthique sans compromission (Interdit Aux Bâtards), Sear fait partie de ceux qui ne baissent leur froc et ne cautionnent pas l’imposture, valeur faisant de plus en plus défaut dans notre mouvement. Nous avons considéré normal de donner la parole à celui qui représente la vraie presse écrite Hip Hop, loin des tapettes de L’Affiche, de Radie Calle, etc… Ici, il est bon de parler de la vérité.

REPRESENT : D’abord ton point de vue sur la presse actuelle par rapport au Hip Hop ?

SEAR : On peut dire que la presse hip hop en 96 a vraiment évolué par rapport à ce qu’elle était en 90 où concrètement, il n’y avait rien. Hormis la Zulu Letter qui n’était pas vraiment un fanzine visant tout le monde mais plutôt un média interne pour les gens de la Zulu Nation et fait par Candy. C’était pas un journal musical avec des critiques et des chroniques, c’était un journal de contact, un organe interne en fait. Après, y’a eu Get Busy, puis d’autres fanzines ont suivi. Nous, on a fait Get Busy à cause d’une période de grosse connerie autour du rap (89/90). Avec des articles de France Soir, La 5 et Guillaume Durand qui faisaient un compte-rendu toutes les 5 minutes du concert de Public Enemy au Zénith comme si c’était la guerre du Koweït ! France Soir qui avait fait la carte des bandes à Paris où ils mettaient NTM et Les Little MC’s. Comme bande, on faisait pas mieux : Les Little étaient deux ! Voilà, que des conneries comme ça. Puis à côté de ça, la presse rock (Rock & Folk, Best) commençait à se réveiller sur le rap alors qu’ils avaient toujours craché dessus. Le coté rebelle du rock s’était déjà effacé depuis quelques temps, alors Public Enemy, c’était les nouveaux Rolling Stone, LL Cool J avait été appelé le Elvis du rap et pouis NTM, eux, ils étaient comparés aux Béruriers Noirs !! Ils se trouvaient des nouveaux frissons avec le rap alors qu’ils avaient TOUJOURS craché dessus. Nous, ça nous a saoulé et puis dans Rock & Folk, il y avait un journaliste qui s’appelait Filox et qui s’amusait à déchirer les rappeurs français. Il avait fait une chronique de Saliha où il méprisait vraiment tout le rap français. C’est toutes ces circonstances qui nous ont poussé à faire le truc. On a pensé que c’était nous, les gens du Hip Hop, qui étions les mieux placés pour en parler. Pour nous, c’était logique. On a commencé avec les moyens du bord : photocopies et tout le merdier. Puis, on a progressé, progressé et comme on est tombé dans une periode de mediatisation du rap français, on s’est retrouvés dans des émissions télé qui ont fait la réputation de Get Busy et du ton si spécial que nous avons. Voilà, je pense que ça a poussé du monde à faire des fanzines : on a prouvé que c’était possible e qu’on pouvait amener le truc assez loin. Après, y’a eu Yours, Down With This, Da Niouz, des fanzines de graff. Puis en province : Racines à Nice, Da Funky kam à Strasbourg, vous à Bordeaux. Après, vu l’ampleur qu’a pris le rap en France, des magazines se sont créés. Y’avait déjà L’Affiche qui d’abord était gratuit et distribué à la Fnac, puis en kiosque, et qui, comme tout magazine en kiosque, marche au publi-rédactionnel.
Le contenu est payé par les maisons de disques, donc y’a pas d’esprit critique, ni de réelle indépendance. Et après, t’as d’autres journaux comme actuellement R.E.R et Radikal, qui dans le cas de R.E.R, ne sont pas faits par des gens du Hip Hop. Et puis c’est fait par des gens du journal Rage et le rédacteur chef est Jean-Eric Perrin, qui fait quasiment toutes les grosses interviews, qui était le rédacteur chef de Best et qui écrit dans des journaux comme Max. Il y fait des top 10 rock dans lesquels il met ses groupes préférés, Oasis et compagnie. Voilà, et il roule en Harley Davidson pour dire qu’il est loin de notre monde. Pour Radikal, c’est fait par des gens qui se disent Hip Hop mais pas le même Hip Hop que moi. C’est plutôt le petit hip hop, petit bourgeois avec plein d’appuis et qui traîne aux Bains Douches. C’est fait par des mecs pour qui, de toute façon, le rap n’est pas vital. Ils peuvent faire autre chose, les fins de mois ne sont pas difficiles chez eux…
On voit que les choses ont évolué mais il n’y a toujours pas de magazine à grande diffusion fait par des gens du Hip Hop. On est toujours dépendants des autres.

REPRESENT : Ne penses-tu pas que la place occupée par R.E.R ou Radikal est la place logique que devrait occuper Get Busy, de par son authenticité et son passé ?

SEAR : Oui, en effet, ça devrait l’être, mais maintenant, il faut expliquer aux gens comment tu fais pour aller en kiosque. C’est pas comme quand tu fais ton fanzine et que t’es indépendant. Même si vous-même vous savez que c’est des galères, quand tu vas en kiosque, t’es obligé de passer par une boîte de distribution appelée les NMPP ou les MLP. C’est eux qui s’occupent de prendre ton truc à l’imprimerie et il faut un tirage minimum de 20 000 ou 30 000 exemplaires. Moi, j’ai déjà demandé des devis et un truc comme Radikal, rien qu’en frais d’imprimerie, c’est à peu près 30 briques, 300 000 francs !! (> un peu plus de 45 000 €) donc, quand ils se la jouent petits B.Boy’s qui ont cassé leur tirelire, soit ils avaient une grosse tirelire, soit.. Ensuite, tu passes par les NMPP qui te distribuent en kiosques mais qui te taxent sur tes ventes et sur tes invendus. Si, par exemple, tu tires à 40 000 en sachant que tu vas vendre à 15 000 exemplaires, t’en as 25 000 qui vont à la poubelle. T’es obligé, c’est pour qu’il y ait de la mise en place. Le pourcentage qu’ils te prennent entre tes ventes et tes invendus représente 60% de ton prix de vente. Donc sur un Get Busy qui coûterait 20 francs (> un peu plus de 3€), les NMPP prendraient 12 francs (>1,83€), là-dessus, il te reste 8 francs (> 1,22€) avec lesquels tu dois payer 300 000 francs d’imprimerie. Voilà donc comment tu vis, c’est grâce aux pubs. Tes ventes ne te suffisent pas… Donc, tu vis des pubs, donc t’es dans une situation où t’es dépendant et la plupart des journaux se font maquer par les maisons de disques. C’est pour ça que L’Affiche fait du publi-redactionnel, c’est pour ça que Radikal, malgré le fait qu’ils s’en défendent, ils en font. Je l’ai vu dans leur tarif publicitaire, c’est proposé. Et ça, je leur ai mis dans la gueule, ils ne savaient pas quoi dire… Donc, d’un côté, vous avez Get Busy qui, avec son ton, sa conception du Hip Hop et tout ce que ça représente au niveau de l’éthique, ne peut pas être vendu en kiosque actuellement, c’est pas possible. Get Busy ne fera jamais ce genre de concessions. Sinon, Get Busy ne serait plus Get Busy ! Moi, j’ai pas envie d’aller en kiosque pour devenir L’Affiche, ça m’intéresse pas et ça intéresserait qui ? Personne. C’est qu’une question de temps. Ce que j’espère, c’est mettre assez d’argent de côté et y arriver par moi-même et tous les enculer. De toute façon, tu peux pas tromper les gens éternellement. Radikal et L’Affiche n’ont pas endormi tout le monde, s’ils vendent bien en province, c’est uniquement parce qu’il n’y a rien d’autre. Y’a pas assez de presse underground. Maintenant, nous, on sait que Radikal ou L’Affiche, tu les lis en 5 minutes. Le décalage entre Paris et province n’existe plus vraiment, les provinciaux sont à la page. Les nouveautés qui arrivent sur Paris, ils les ont aussi. Donc, tu peux pas bluffer éternellement, et un truc comme Radikal marchera tant qu’il n’y aura rien d’autre à lire. Et encore, je suis même pas sûr que ça marche.


A noter un parfait prolongement sur la compilation Kool & Radikal où figure sur la partie CD-Rom un débat filmé sur la presse rap entre divers intervenants dont Sear et Perrin. Let’s beef.

21 janv. 2007

A venir d'ici peu...




Articles sur :

- Cut Killer - Freestyle mixtape

- La Mixture (Strasbourg) - Têtes à battre

- Sages Poètes - Jusqu'à L'amour


13 janv. 2007

DJ Poska - What's The Flavor #.25





Carmina Burana en musique de fond de l’intro, puis la session scratch démarre : Casey, Busta Flex, Faf La Rage, Rocca, Lunatic, Hill-G, La Squadra, Koalition, Akhenaton… et Joey qui éructe un drop. Fin 1997, la 25ème de Poska est lancée. La 25 de Poska, c’est un peu sa #.50 MC’s de Tony Touch à lui, divisée par deux donc : dans certains domaines, le cours du dollar sera toujours immuablement supérieur à celui du franc, ou désormais de l’€uro, même si l’effort est, dans ce cas, louable et plus que probant. La 1ère What’s The Flavor ? de Poska est sortie en 1994 via la structure Lyr.X Records et Phunky Maestro Flavor Production (qui deviendra officiellement un label fin 1997, Funky Maestro Entertainment). Sa série de tapes à la sélection strictement u.s laissera la porte ouverte aux groupes français à partir de la n°20, les 2 Bal’ Niggets et Soul Swing inaugurant la nouvelle ère. La n°23 Spéciale Time Bomb, avec sa pochette et son casting mythiques, laisse déjà penser que l’homme de la Face B a entrevu la formule secrète pour concocter des classiques sur bande magnétique. Le théorème n’aura pas mis longtemps à être appris et appliqué : les meilleures instrus des maxis fraîchement débarqués d’outre-atlantique, casting trié sur le volet avec les meilleurs rookies du moment, quelques copains, une pincée d’inconnus prêts pour l’éclosion, voire parfois aussitôt mort-nés pour certains d’entre eux dès que l’autoreverse du poste en aura fini avec sa mission. La What’s The Flavor ? n°25 est née et fera date.


Busta Flex, dans la continuité de ses apparitions sur le LP éponyme de Lone et de sa récente carte de visite que constitue son E.P, fait dans la fraîcheur et dans l’impro. Même si Redman et Keith Murray sont demandés à l’accueil pour un test de paternité, ça fonctionne.Ca ne fonctionnera d’ailleurs plus jamais aussi bien.

Koalition (Sully Sefil, Austere, DJ Shean, anciennement membres et danseurs actifs des TKS (The Kriminal Stars)) est représenté ici par l’homme aux tâches de rousseur, adepte un temps (très court) du rap contact, énergique et offensif.

Déboule la Section Fu : Dexter, Voodoo, Linko & Rudee, clones fades (Fade them all de Jamal, appliqué à la française, t’as vu) du Boot Camp Click et plus précisément des Heltah Skeltah. C’est un peu ce genre d’expérience ratée qui donne une telle valeur à des groupes comme les X-Men qui avaient les mêmes influences mais étaient parvenus à bien les digérer pour en faire un truc à eux. Comme dans leur E.P Mortal Kombat, les rimes riches sont légion, et ça sonne vite déclinaisons et désinences de latin. Tout ça leur passera, bien heureusement, mais on souffre un peu en attendant.

« Ameute la foule et tout les entourages, dis leur que Rimeurs A Gages est dans les parages » : Foutabarge, F-Dy Phenomen et Disiz La Peste ouvrent la Samsonite et posent au grand jour (pour un projet national, j’entends) la 1ère pierre d’un collectif à la vie une fois de plus éphémère sur disque. La clique se retrouvera partiellement sur la compilation Homecore et ne concrétisera jamais un effort collectif sur disque. Dommage : grains de voix et flows variés, et comme nous le prouveront les parcours solos, identités et univers bien personnels auraient mérités que l’aventure se prolonge davantage. Des Rimeurs A Gages réduits au silence collectivement donc, mais leurs silencieux n’ont jamais trop eu le temps de refroidir pour leurs équipées en solo avec des parcours plus ou moins heureux.


L’explosion Time Bomb suit son cours avec les Jedi qui inaugurent la session du collectif sur la k7. Kamal & Kassim ne sont pas venus seuls puisque dans leur sillage traîne le méconnu Sy-Zeus, qui n’est autre que celui qui se fera appelé Iron Sy quelques temps plus tard. La nébuleuse autour de la Team au logo à la bombe à retardement comprend quelques noms tels que la Yusiness (Usine + Business, oui oui), groupe originaire de Marne la Vallée, comme DJ Mars et qui passera un temps sous le giron de Funky Maestro, ou même l’S-Kdrille du roadster C II La Balle de Ziko et Bam’s (qui héberge déjà les tout aussi juvéniles Nysay). Tellement juvéniles, précoces et surdoués que la rumeur laisse entendre qu’ils n’écrivent pas leurs textes, improbable tellement ils retranscrivent encore à l’époque leurs délires et préoccupations d’adolescents (cf. Le rêve sur Definition Of Hip Hop vol.1 de DJ Enuff).

L’esquisse de la future Scred Connexion est tracée avec ses membres les + talentueux : Morad démarre avec l’amertume qui le caractérisera toujours, suivi par Koma, toujours aussi mortel. Puis le patron passe à table : Fabe avec son phrasé inimitable (la preuve, personne n’a jamais essayé/réussi à pomper son flow particulier, sport pourtant national chez les rappeurs hexagonaux en manque d’inspiration), efficace et tranchant comme à son habitude, remporte la mise et se barre sans payer l’addition.

Moitié du groupe Daomen, Jerry Dafunkyla déroule son flow paresseux, nonchalant (paternité déclarée mais jamais égalée avec Moda sur la compilation Nouvelle Donne vol.1) et vaguement américanisé avec plus ou moins de réussite. De la grosse rime qui tâche, un fâcheux penchant pour le off beat sont pêle-mêle les qualités de Jerry qui aura l’étrange privilège d’entrer dans le cercle très fermé des artistes à se faire systématiquement dérouiller et laminer par leurs invités sur leur propre album et autres projets (Underground Classic, en l’occurrence).

Manu Key le old timer délaisse Different Teep un temps pour une courte prestation, suivi par la féroce et dangereuse Casey pour une des apparitions les plus marquante du projet sur le Death Be The Penalty de Shabazz the Disciple :

« Démissionnaire du système scolaire / début du sommaire / d’une banale réalité / de mon curriculum à éviter / activités journalières : goûter la galère, / poirauter des heures entières, / rêver de prospérité ; / seulement dans la passivité / le temps passe si vite et / ma nonchalance précipite / mes finances dans le déficit. / La suite / que la raison suscite, je la crains : / affronter le monde du taff / se lever tôt le matin / putain, c’est pas pour moi/ j’me connais ce défaut rageant / d’être allergique au travail dès qu’il me faut de l’argent / décourageants tous ces entretiens d’embauche /guette les embûches, / des obstacles dès que j’trébuche / quand j’épluche les petites annonces / attend de maudites réponses / joue les cruches qui crachent pas dans la soupe quand je m’enfonce ; / j’y renonce, mon orientation se prononce / pour la débrouille ma solution : la magouille ; / sans ambitions je vadrouille / bredouille, le cerveau sous embrouille / … et mon futur me fout la trouille ».

« (…) 20ans, / encore chez maman / pour le moment / bilan ? / pas d’boulot, les bras ballants / je reste; / tout effort m’est indigeste/ pas de valeurs manifestes / juste un désir de fuir la sieste qui m’infeste / et puis en pleine apathie / une chance me sourit / un nouvel appui / vers mon premier produit / le Dooeen Damage… »

Pour paraphraser un slogan de Less du Neuf, c’est un exemple parfait de « technique et intellect », la rare, parfaite et dévastatrice alliance du fond et de la forme. Ses prestations seront toujours aussi prometteuses, et on sait désormais qu’elle mettra des années pour transformer le plomb pourtant prometteur des featurings et multiples apparitions sur mixtapes en l’or que peut constituer un projet personnel et abouti. Ator, celui qui lui avait mis le pied à l’étrier pour sa toute 1ère trace discographique sur la compilation sarcellite L’Art d’utiliser son savoir (dont le leitmotiv a visiblement bien été appliqué par la bougresse) , est dédicacé dans les dernières secondes de sa violente saillie. On le remercie aussi.

Polo (du crew 3DT), membre de la furtive et stérile aventure du Black Tagga avec DJ Clyde, Solo d’Assassin et JoeyStarr (rahhh, les photos de pubs de Solo & Polo pour Homecore), a dû beaucoup écouter Lucien, intonations et accent ne mentent pas. La case prison sera de mise au bout du compte, et + ou – tragiquement, également un dénominateur commun pour ces deux-là. Ses faits d’armes auront été brefs : sa voix nasillarde et son flow nonchalant se seront promenés sur Panne sèche (Hostile 1), Make Doe et Hot Time plus confidentiels, La monnaie blesse et 3’30 Pour Un Freestyle sur L 432.

Une des toutes 1eres apparitions de Nasme (clique Trouble Fêtes), vu depuis sur l’album d’Hifi, la compil Sang D’Encre Haut Débit, et en clash/impro dans le Couvre-Feu face à Effilo. Vraiment méconnaissable si on le redécouvre à rebours, sans sa voix devenue rocailleuse et forcée.

L’inconnu Secret D’Etat lâche un pur leust pour une intervention malheureusement trop courte juste avant Driver toujours égal à lui-même, poussant même la chansonnette. Pas eu la carrière qu’il méritait, le bonhomme. Mic Beth aka Seul II Seul, reconnaissable à sa voix particulière, tire son épingle du jeu suivi de près par ses proches de Quitte Ou Double.
Les Sages Poètes, de retour d’hibernation, font redécoller le tracé sur notre graphique cardiaque d’auditeur : l’homme Dany Dan survole (encore) les débats avec un Zoxea en grande forme, et amorcent le retour aux affaires avec Beat 2 Boul Dans La Sono, avant le formidable et définitif Jusqu’à l’amour. Les bordelais de Katrofazz, N’Pears et Aspeak, ramènent la province dans le débat et clôturent la face A.

La Relève (Reny et Lil’T, le toaster D-Ton et DJ Gab, accompagnés d’habitude de leurs 4 musiciens) disciples français des The Roots d’ailleurs invités sur leur EP Retour Aux Sources, sont à l’aise dans les ambiances cosy jazzy et autres trucs en –zy pour parodier un frooty blogger fameux. Démarche originale pour l’époque ou les wutangueries et mobbdeeperies étaient généralisées. On perdra leur trace après la compil Police. Bavure maquillée en fugue, coup classique des forces de l’ordre. L'Amber Alert (non, pas Christophe "L'Ambert", non non) n'existait pas à l'époque.

Arrive alors le second coup de boule du tracklist : Qrono et Nubi des Futuristiq avec leur hook qui a fait le tour des CNRS de France: « des clodos, des clans d’clowns veulent nous cloner, imitent les types de mon équipe et piquent nos phases codées ». On retrouve l’agilité d’un Hifi (qui signera la prod de leur titre Napalm sur Hostile vol.2) ou des sensationnels Aktëfrazë dans le placement, egotrip et jeux de mots pour la diatribe anti-wacks tant en vogue alors.
(…) « Certes ici les faux fixent le flow, mais aucun type n’ose / nous regarder en face par peur de l’hypnose. / On dispose / des derniers prototypes de prose / sortis sur le marché, / ma clique met la machine en marche et / rien ne peut nous stopper / dans notre épopée / vers la fortune, / si t’es fort tu ni- /-ques la misère, / c’est pas un mystère, / mon flow c’est du whisky : / avale cul sec, ta tête tourne / à pleine bourre, / tu guettes déjà la prochaine teille-bou ; / apprécie / le millésime / du prochain millénaire, / je décime / ceux qui m’ont mis les nerfs / alors évite / de faire des faux-pas, / faux gars / tu simules / quand l’alcool te stimule, / la main sur les testicules / tu hurles, / tu gesticules, / t’as beau user de subterfuges / c’est superflu / moi mon super flow / colle au beat comme la super glu ».
Ah oui quand même. Forcément, il nous faut bien Shankane pour retrouver des stigmates d’activités sur l’encéphalogramme, et elle y arrive plutôt bien. Merci encore Shankane.


La présence de Lyr-X (Teknik et Bikiz au micro, et Poska himself aux platines) est légitime. La sortie de la 1ère mixtape de Poska en 1994 a coïncidé avec une k7 5 titres auto produite par le groupe qui est à l’origine de la franchise What’s The Flavor ?. « Comme Ophélie je n’ai pas d’soucis », visiblement, ça a picolé avant la prise ou si non, ils auraient du.

Oxmo truste tous les projets du moment pour notre plus grand bonheur, il en sera d’ailleurs récompensé : seul artiste de la 1ère équipée Time Bomb à sortir en solo, qui plus est en major avec un effort solo qui se logera au panthéon des meilleurs disques de la courte histoire de cette musique en France. Le seul qui restera fidèle au label qui l’a révélé après ses aventures avec le D.A System et S-Kiv, le seul qui ne sortira ni égratigné ni sali de ces histoires d’yeux plus gros que le ventre. Mieux vaut parfois feindre la myopie comme disent les réformés au service. Ecriture à tiroirs, délires de narrateur à la Slick Rick, égotrips toujours à contre courant ou pensées sombres d’un Black Mafieux en quête d’une utopique rédemption sur les chemins du repentir, l’homme est complet. Paradoxalement, celui qui avait développé officiellement le délire fictions dans l’écurie Time Bomb, était sans doute celui qui livrait le plus de lui-même et ce sans se travestir ni jouer de rôles.

L’Agression Verbale avec Ol Kainry, Honers, Ricardo, Rismo et Georgetown puis les remarquables mais trop rares Ex-Nihilo (DJ Doze de retour de l’aventure angevine Soul Choc, Mega Scorcese et l’énorme Vincenzo Lokkko) nettoient la piste avant de mettre sur orbite les 2 Bal’ Niggets sur le Foundation d’Xzibit. La tornade 3 X Plus Efficace bat son plein dans les bacs et connaît son prolongement jusque ici. Le D.O.C et G-Kill déploient leur complicité forcément congénitale sur la magnifique prod de Muggs.

Antidote gribouille ses rimes dans l’indifférence générale, puis la guerre est déclarée pour de bon : Iron Sy, donc, Kassim (Jedi), un scratch avec la voix de Booba en pleine confection de ses pâtes au thon à l’heure où Ali (Lunatic) et Hill-G excellent (comme d’habitude) sur l’instru d’Hoodlum et dominent les débats en France, seulement concurrencés par les troupes de la Fourche Ligne Zoo de La Cliqua. Proche de la clique, Metek des Refrès, à l’aise, complète le tableau.


Les Sleo fournissent le minimum syndical, puis en bons bouchers, Papifredo et le violent Stor-K font la livraison de leur demi-livre hebdomadaire de viande rouge.
De A à Z portaient bien leur nom : l’alpha & l’omega, le début et la fin, résumé de toute leur carrière qui est née et morte ici même, pour mes oreilles tout du moins. Le groupe au logo reconnaissable entre mille, aux voix et flow tout aussi originaux et propres : Acid, Fredo, le K.Fear, Base, John Deido et Doc.K, « membres de La Brigade », mettent à sac les locaux avec un passage de relais façon expédition punitive à chaque kick de micro.

Le dénommé Rafale disparaît à son tour aussi vite qu’il était arrivé, servant d’intermède à la famille D.Abuz avec Les Spécialistes. Toujours aussi démonstratif, Abuz invente même la rustine de la rime après une succession de rimes en -ri : « (…) où qui finiront en –ry comme le petit Grégory ». Le frooty blogger n’a rien inventé finalement. Dontcha Flex et les Resk-P achèvent la bête si tant est qu’elle bouge encore. La mauvaise langue en moi aurait dit que la chanteuse au refrain nous a nous aussi achevé, mais pas de la même manière.


A noter que la cassette a été rééditée en CD à l’occasion de la sortie de la 50ème What’s The Flavor ?, amputée quand même d’un bon ¼ d’heure.

8 déc. 2006

Operation Coup De Poing (Passe Passe)




Au panthéon des mixtapes au casting 100% hexagonal, la Opération Coup De Poing a fait date. Elle ne sera finalement concurrencée que par la Freestyle de Cut Killer et la Poska #.25 dans le même genre, semant les dernières Dontcha de quelques centimètres (trop courtes, argh). Sortie sous la bannière du label Court-Circuit en bizz avec Passe Passe, habituellement tourné vers la distribution sur le sol français des K7 d’outre atlantique du label Tape Kingz, elle est le thermomètre de la nouvelle scène française de l’époque avec la surreprésentation de l’écurie Time Bomb et la mise en avant de quelques groupes encore confidentiels (Nysay, Less Du Neuf) ou carrément inconnus (Dezé et sa clique Les Diksas/Issus de L’Ombre). Elle servira aussi d’aide-mémoire grâce aux dédicaces de sa pochette : Mike Tyson vient juste d’arracher sur le ring une demi-livre de viande fraîche à Hollyfield, et Booba paye toujours les intérêts de son taxi-baskets manqué. Il n’y a pas que le crime qui paie.




Face Direct Du Droit.
Ca commence fort avec l’intro de Dj Cream : sous vos applaudissements, le maître de cérémonie n’est autre que Jacques Martin qui annonce la couleur sur fond de Brigadier Sabari d’Alpha Blondy, titre dont une des lignes donnera son nom à la mixtape, et fait place à une méchante phrase accouchée grâce à une bonne série de scratchs cohérents mis bout à bout. On retrouvera la même recette scratchs/éléments de variet’ pour les intros des 2 faces de l’éloquente Ensemble Contre La Musique de France, autre tape concept sortie chez Passe Passe un peu plus tard.



Sur la lancée de son apparition sur Guet Apens de Weedy et le T.I.N, en bon boucher, Rohff ne fait pas de détails et met en pièce le ICE CREAM de Raekwon. Les Refrès et Dezé nous laisseront reprendre une pause que l’on ne retrouvera qu’à la fin de la face A pour les orphelins de l’autoreverse : la clique Time Bomb débarque au grand complet, si l’on excepte Booba, et le All Star Game peut commencer. Les bas de survet’ sont otés à vitesse grand V, ça démarre avec le membre de la team sans doute le plus sous estimé mais peut être mon préféré à l’époque et toujours aujourd’hui avec le recul : le texte d’Hi-Fi est une punchline géante de A à Z, comme à chaque fois ( « Tous issus d’la même grande famille, d’la même graine,/ pourtant la stupide cupidité gangrène/ jusqu’à mon propre bras droit /mes scarlas sont/ adroits /dans l’mensonge/ autant qu’ moi dans l’message/ j’ai des textes extras voir terrestres comme Roswell/ mais qui respirent toute la souffrance des négros comme le gospel… » ). Sans forcer, le bonhomme enfile les paniers comme M.J contre les Blazers et Clyde Drexler. Puis Ill-G (présent sur 2 freestyles solo et le morceau Le Club des Millionnaires) prend ses marques avec tout autant de facilité sur Intérêts & Origines, conclu par un « ton style est mort, mes condoléances » qui fera sourire bien des gens qui l’ont pompé honteusement depuis. Les rookies Kassim & Kamal a.k.a Jedi enchaînent sans faux pas et remontent le terrain pour servir Cassidy, « en route pour son meeting comme dans Get on the bus » : « mes amis s’animent, mes ennemis nous miment, nous singent, au loin 2 sorties d’secours, le rap et le oinj’ et sacrés comme les cendres qu’on tej’dans le fleuve Gange ». Arrive l’hymne d’un club dont tout le monde est membre au fond, on s’est tous fait notre délire « Si j’étais millionnaire », J-Zone en a également fait son leitmotiv depuis. Dialogue culte entre Tony et Mani, et c’est parti : Pit Baccardi inaugure l’affaire avec un couplet qu’il lâchera ensuite absolument partout, suivi de Kamal et d’Oxmo à l’aise dans l’exercice du story telling qui s’écarte même du thème initial pour terminer par un attentat revendiqué par la Black Mafia. On croit que c’est terminé, mais non, « on nous remet ça » et Ill ramène la dose de luxure qu’on attendait au concept et on imagine même la version clipée du bordel des ghetto millionnaires.




Courte pause publicitaire signée Nitro (qui avait déjà commis un truc dans le genre pour 88.2 et Original Bombattack) et les Pom Pom Girls font place aux 2/3 des Sages Poètes, fraîchement entendus à la même époque sur My Definition of Hip Hop vol.1 de Dj Enuff, prestations qui marqueront leur retour et la fin de leur silence depuis Qu’est ce qui fait marcher les sages et ses maxis. Mélopheelo et Zoxea remettent donc le couvert, suivis par leurs compatriotes altoséquanais Nysay, comprenant Cash (alias Salif) et Exs, le duo juvénile du label CII La Balle de Ziko. Grosse complicité, passe-passes, lyrics offensifs comme la grenade. Mêmes origines départementales, mêmes qualités avec des armes différentes pour Less Du Neuf juste avant une nouvelle histoire du black mafieux Oxmo Puccino dans le rôle de La Taupe. Le Time’s Up d’O.C permet le ball-trap parfait de Calbo et Lino qui plomberaient la cible même avec une arme enrayée. Time Bomb reprend le match là où ils l’avaient laissé, c'est-à-dire en écrasant la concurrence : Pit et encore davantage Ill soignent le goal-average, puis on découvre Cris alias Le K, devenu beatmaker sous le nom de Cris Prolific (Civilisé et La Lettre de Lunatic, Nique la Hala de Ali et son propre titre sur Opération Coup de Poing, Dieu a béni mon clan des X-men, le fabuleux LP de Beedjy, celui réellement fabuleux de Düne, entre beaucoup d’autres, c’est lui). La seule fois où je l’ai entendu poser une autre fois, c’était sur 88.2 lors de la session Time Bomb / I Am. Les notes de l’ultra usé mais toujours terriblement efficace Crab de Fierce permettent à Oxmo de lâcher ses fictions le temps de quelques mesures inquiètes et raisonnablement pessimistes et d’être l’artiste le + présent de toute la tape (2 freestyles solo, Le Club des Millionnaires, Esprit Mafieux).




Son maxi Jeu D’Enfant (sur la face B) paraissant en même temps que la mixtape, qui plus est chez Court-Circuit, Dezé débarque pour la 2nde fois et bénéficie de l’éclairage indirect de la vitrine jusqu’ici mise en valeur. On a connu pire comme mise en orbite, même si on l’oublie assez vite quand émerge la 2ème tête des Lunatic qui défoncera les arbitres récalcitrants comme le 1er jour de soldes chez Footlocker et mettra fin au débat s’il y en avait un :
« D’la rue j’suis pas une victime,/ j’trime fort pour sortir de là,/ idem pour ceux d’mon clan /faut qu’on serre les rangs/ c’est comme la guerre, on s’bat pour une cause perdue,/ une terre stérile comme au Sahel,/ on finira dispersés comme les 12 Tribus d’Israël,/ c’est l’enfer sur terre , priere pour mon salut,/ y’a qu’à voir en Somalie des gosses humiliés,/ décors d’Apocalypse,/ des corps calcinés,/ des frères servent de passe-temps aux soldats à la solde de l’O.N.U,/ après ça ils s’disent pourquoi on a la haine en nous …»




Face Morsure à L'Oreille.
Pas de répit, le temps de retourner la K7 et c’est reparti de plus belle : inauguration de ce qui deviendra une appellation contrôlée, Mafia Cainfri, et le baptême tourne au gang bang. Kéry James au sommet de son art, AP (113) Rohff et Mista Flow (Di Teep) déjà connus des autorités et les rookies révélations Yézi L'Escroc et Karlito qui marquent de leur empreinte la longue session. Point d’orgue de la partie fine, l'instru It’s The Pee remix de PMD où AP lâche son couplet de Le quartier est agité, Kéry celui de J’ai mal au cœur du futur Le Combat continue à venir, et Karlito celui non moins mythique de La voie que j’ai donné à ma vie de la compil Nouvelle Donne. Hommage à Rocco Siffredi au refrain sur ICE CREAM, puis le gang bang finit en expédition punitive.


La session Banlieue Sud se termine et passe le témoin à une session Sudiste : la Fonky Family pose ce qui deviendra Sans Rémission sur leur album, puis Le Rat kicke l’énorme couplet de Rien à perdre sur l’instru du Mégotrip, titre finalement exécuté dans la foulée avec Sentenza et Freeman. Arrive un joyau initialement destiné exclusivement à une radio parisienne, Esprits Mafieux d’Oxmo & Ali, moitiés du groupe mort-né Le Bridge (avec Booba et Pit). Saint Preux prête ses notes à la science et l’autopsie laisse son quota habituel de punchlines :

« (…) C’est l'automne toute l'année, j'suis un arbre/ les potes tombent de mes branches, / les juges restent de marbre et m'laisse navré/ j'parle pas que d’moi, mais de toi aussi /je sais que tu le sais et si/ tu choisis d'en rire devant tes potes je sais que chez toi t'es die/ sapristi quel triste texte / j'essaie d'être gai mais/ j'écris c'que j'ai… »)

L’apparition d’Ali rappelle un peu le featuring des Lunatic sur 16 Rimes de La Brigade : court mais intense, limite j’te vole la vedette sans forcer. Le remake de ce titre sur le 1er LP de Busta Flex était déjà voué à être ridicule avant même d’avoir été commis :

« O.X.M.O Puccino, qu’est c’qu’on dit à ceux qui jouent les Nino/Brown, ici j’représente les mino/rités, mon créneau/donné de naissance, / sado inné pour dominer avec de l’aisance/ mon expérience me donne l’impression à 20 piges passées d’en avoir 50/ sache que le peu de respect qu’j’ai va pour mes parents/ j’pourrai prêcher la bonne parole comme un témoin de Jéhovah/ mais comment veux tu/ que/ dans ce monde de putes/ je/ puisse dire aux gosses que tout va bien/ A.L.I pour le Bridge/ lyrics de prestige. »


Tek des Refrès défonce littéralement le sample de Qui d’Aznavour avec L’Or Noir, meilleur titre du groupe jusqu’à aujourd’hui (alors que ce titre n’est qu’un solo en fin de compte, oui je sais), Dezé dépose sa carte de visite vinyl sur la cassette mixée, se payant même la fin de la face B avec sa troupe Les Diksas / Issus de L’Ombre, encadrant le brûlant Les Vrais Savent des Lunatic avec le grand absent du projet qui s’exprime enfin par un moyen détourné.

A noter les absences de gens comme Fabe, les collectifs du Ménage A 3, de La Cliqua ou d’ATK (même si on peut chipoter avec la présence des Refrès, ok) qui n’auraient pas démérité non plus. Mais le regret culmine lorsqu’on relit le texte promotionnel annonçant la sortie de la tape dans un des catalogues Passe Passe :


La cassette réunit sur une face les Freestyles exclusifs de :

Ali (Lunatic)/Rappeur Dezé/Monsieur Hill (Xmen)/Cassidy (Xmen)/Hi-Fi/Oxmo Puccino/Pit Baccardi/Ekoué & Le Franc-Tireur (La Rumeur)/Ärsenik/Kéry MC (Ideal J)/113 Clan/Mafia Cainfri (94)/Kamal & Kassim (Jedi)/Les Refrés/La Brigade.

Sur l'autre face,une sélection serrée de nouveautés,d'inédits et d'introuvables enchaînés & mixés par Dj Chester,Lord Issa,& Dj Noise des Natural DJ's avec : Les inédits "
J'Crache Ma Vérité " & " Article XI (Liberté D'Expression) " enregistrés cet hiver par la crème du rap français ( Akhenaton/Fonky Family/Rappeur Dezé/Little Ronnie/Expression Direkt/Ärsenik/Ministère Ä.M.E.R) en réaction à la condamnation anti-constitutionnelle prononcée contre NTM en octobre + " Jeu D'Enfant " ,le détonnant 1er single de Dezé produit par Juju, sérieux pavé dans la " mare aux canards " du rap français, + le superbe " Esprits Mafieux "d'Oxmo Puccino avec Ali des Lunatic, exclusivement enregistré pour une diffusion underground, + " Criminel ", le cri de ralliement des lascars de Garges-Sarcelles et de Meaux avec Passi et Stomy B. du Ministère Ä.M.E.R, Arco & Mystik, Ärsenik & Ben-J des Neg Marrons , + "Le Retour Du Shit Squad " , l'irrésistible hymne à la fumette de la Fonky Family, Faf Larage, Sentenza, Freeman & Le 3è Oeil + Bien d'autres morceaux triés parmi les succès underground , les classiques et les incontournables du rap en français.


Il en sera autrement au final. Problèmes de droits, embrouilles quelconques, on ne connaîtra jamais les raisons du remaniement tout comme on ne verra jamais la couleur de la version initiale de la K7, même si une des sessions studio a au moins bel et bien eu lieu.
La preuve ? Un papier de Jean-Pierre Seck dans L’Affiche, quelques temps avant la sortie du projet. Spots braqués vers Thibault de Passe Passe avec une anecdote :

« (…) Un des titres phares de cette k7 risque d’être le morceau ‘J’Crache ma vérité ‘. On y retrouve notamment Luciano Le Rat, parfait exemple de l’éclosion du rap français. « On a sorti l’instru en studio et on a proposé à la Fonky Family d’écrire sur la liberté d’expression. Ils ont tous suivi mais Le Rat avait l’air vraiment ailleurs. Il est reparti cinq minutes après son arrivée. On a du prendre la voiture et on l’a cherché pendant trois quart d’heure. Il était en train de chercher une bière pour ambiancer. On l’a ramené au studio, il a fait sa première prise. C’était de l’or pour les oreilles. Lui n’en était pas content. Le mec a fait neuf prises, neuf raps différents. Il n’arrivait pas à faire la dernière. Il a demandé qu’on baisse la lumière, s’est mis à genoux dans la cabine, a baissé son micro à hauteur de la bouche, mis son bonnet sur la tête pour ne rien voir et être concentré sur ce qu’il disait. Il a fait sa meilleure prise. »



Oui oui, ça fait toujours mal, même presque 10 ans après : à la fois la tape finale que nos lecteurs K7 ont joué des dizaines de fois, et son fantôme jamais sorti et ultra fantasmé par ceux connaissant son existence.


27 nov. 2006

J’irai vomir sur vos cendres



Une petite contribution extérieure, exception qui confirme les règles
et du coup la ménopause, une interlude mais pas forcément plus agréable que mes écrits : une plume trempée dans l'eau de javel, tout le monde en prend pour son grade, une pensée pour Paulette qui officiait à la cantine de ma primaire. C'est la Minute Soup.



«Entré dans l’rap j’pensais pouvoir y trouver la paix, un apport, la sécurité la sincérité», et non mon vieux Fabe, faut croire que tu n’avais pas tapé à la bonne porte. Mon jeune ami, tu penses avoir une plume correcte, tu connais la discographie complète de Kool Keith et tu as du mal à voir quelle pourrait être ta contribution à cette grande famille qu’est le Hip hop. Au fond de toi tu rêves secrètement de devenir journaliste. Permets moi de te donner deux trois recommandations histoire de te confirmer tout le bien que tu penses de ce beau métier.

La première des choses à avoir en tête est l’échelle sociale du hip hop, si tu l’ignores tu vas aller de déconvenues en déconvenues: aujourd’hui tu es sûrement à la plus mauvaise place, l’échelon zéro, celui du mec qui poste sur les forums : méprisé par les artistes qui voient en toi une mouche à merde, et par les journalistes qui perçoivent ton talent comme un concurrent potentiel. Car eux occupent l’échelon supérieur, l’échelon un.

A peine au dessus se trouvent ceux qui sont le plus à plaindre, ce sont les beatmakers inconnus: corvéables à souhait, on ne les appellera que quand le rappeur aura besoin d’un morceau en dernière minute, on lui expliquera aussi qu’il devrait changer ses caisses claires, que sa boucle aurait du être découpée autrement, on ne le paiera évidemment pas, et bien entendu son morceau ne sera pas sur le projet final.

Puis viennent les bonnes places : le rappeur tout d’abord, dont nous aurons l’occasion de reparler, associé au producteur. Souvent le producteur est un journaliste qui a réussi, il a tissé des réseaux d’influence en faisant des papiers de complaisance à une époque, et le milieu le lui rend bien en l’invitant à la meilleure table.

Enfin ceux qui gouvernent vraiment : les maisons de disques et les radios/chaînes de télévision: ils sont décriés par les rappeurs qui tueraient père et mère pour avoir leurs faveurs. Une fois que tu as cet organigramme bien en tête on peut s’atteler à expliquer ce qu’est un journaliste musical.

Tu as des étoiles plein la tête, tu penses que ta place te permettra d’aider le hip hop, vu que tu as échoué dans cette mission en tant que rappeur, tu crois que ta tâche sera de faire de la haute couture; oublie. Non, vois tu, ce qu’on te demande c’est de faire du sur mesure, avec des mauvais tissus pour des mannequins bedonnant. Tu voyais tes interviews comme des entretiens où l’échange est vif, où chaque réponse entraîne une question, où le propos de l’artiste est limpide. Désolé. Prépare toi à taper tes questions sur ton ordinateur, et à les envoyer par mail au rappeur, qui , entre deux clopes, répondra ce qu’il voudra, sans être perturbé par tes interventions, prenant soin de se relire pour voir sil n'a rien dit de trop compromettant. Eh oui mon ami, tu te moquais des dames de la cantine étant petit, mais maintenant c’est toi qui sers la soupe, et ce n’est pas de la bisque de homard mais du bouillon Magie. Comprends bien une chose: tu es au service de l’artiste, mais ce n’est pas pour autant qu’il t’estime. Il t’aime comme le dealer aime son client, il sait que sans les gens comme toi il n’est plus grand chose, mais il a entre les mains de quoi te faire revenir régulièrement vers lui, la fameuse «dose de crack music» évoquée par le Roi Heenock. Ne pleure pas trop sur ton sort, on t'a invité à entrer dans le casino, tous ces gens dehors t’envient. En outre, le barman t’offre de temps en temps à boire. Mais attention, tu ne fais pas partie de l’équipe, et la machine à sous qui t'est dévolue est la préférée du patron: tu vas y passer un long moment, de temps en temps une pièce tombe mais à la fin de la soirée tu y auras laissé ton salaire, sans compter que pour en arriver là, tu t'es privé de voir ta femme et tes enfants.

Autre chose: n’estime pas trop tes lecteurs. Le plus souvent ils savent à peine lire et n’écrivent qu’en sms, évite d’avoir de l’ambition pour eux, ne crois pas au mythe du papier bien écrit et à toutes ces conneries d’un autre siècle. Fut un temps où Boris Vian était chroniqueur musical, aujourd’hui on confie cette tâche à Soprano, adapte-toi, fais comme les rappeurs, utilise des mots que tu ne dis pas devant tes parents, des formules dont personne ne saisit le sens, comme «toi même tu sais», «t'as vu» ou «ce çomor tue sa race». Ce conseil est d’autant plus précieux que si tu ne le fais pas, tu passeras pour un homosexuel, et si c’est un titre de noblesse à la mairie de Paris, dans le rap game ça reste une tare.

En fait, tes problèmes ne viendront pas des rappeurs racailleux, qui très souvent sont bien plus ouverts et intelligents que leurs textes pourraient le laisser croire. Les choses se gâtent quand tu veux parler de ceux qui donnent l’impression d’être au dessus du lot. A ce sujet, j’ai une théorie que je te laisse apprécier. Ces mc’s ne sont pas foncièrement mauvais, mais, à la manière de certains joueurs de foot, ils sont victimes de leur entourage. A l’école, alors que tous ses copains n’arrivaient pas à orthographier leurs noms de famille, le rappeur a décroché son brevet des collèges, devenant «l’intello» de la bande. Depuis il se prend pour un homme de lettres (alors qu’il en est plutôt un du lavoir), il se passionne pour l’histoire des opprimés (n’essaie pas de lui dire que son idole Gandhi a fait une grève de la faim pour que les intouchables ne participent pas aux négociations, il ne te croira pas vu que personne n’en parle dans le film) et il finit par penser que chacun de ses mots a un poids considérable sur l’industrie du disque. Avec ce genre de gus, la prudence est de rigueur: la moindre interview va donner lieu à de longues discussions («non, là ce mot c’est pas exactement le mien») alors privilégie les articles, flatteurs bien entendu. Il va falloir que tu te blindes, que tu sois prêt à t’entendre dire que tu n’es pas «pro», sans sourciller, et que tu arrives à maîtriser l’envie que tu as de rétorquer «vu la voix que tu as, tu préfèrerais pas devenir beatmaker?».

N’oublie pas que les critiques ne peuvent que t’être adressées. A partir du moment où l’artiste a passé un an à préparer son album, et où tous ses potes lui ont dit qu’il était le nouveau Nas, c’est pas un petit merdeux dans ton genre qui va commencer à dire que peut être certaines choses sont à revoir. En fait, tu n’as d’intérêt que tant que tu es gentil et serviable. A ce propos il faudra que tu te choisisses un souffre douleur, un petit, un sur qui tout le monde tape, prends M. Pokora ou Doc gynéco. Après avoir tapiné pour tous les ratés qui te sollicitent tu te referas une virginité en tapant sur ce pauvre Matt dans un papier qui montrera que personne n’aura «ta liberté de penser».

Tu verras aussi que les salles de rédaction fourmillent de spécimens bizarroïdes, des producteurs qui ont gardé un pied dans le journalisme et qui s'en servent uniquement lorsqu’ils ont besoin de promouvoir une sortie à eux. Méfie toi car malgré les apparences, ils ne te considèrent pas comme un des leurs, tu n’es qu’un éventuel pion et le journal n’est pas une famille mais un lieu où ils viennent chercher des renseignements et des appuis. A la longue tu deviendras un peu comme eux, tu finiras par croire, par vanité, que ces gens qui te sourient sont tes potes, que tu te dois de leur faire profiter de ta place en parlant d'eux, tu verras les cd qu’ils t’envoient comme une dette dont tu voudras t’acquitter en écrivant quelque chose de lisse pour qu’ils soient contents. Au fond ce n’est plus ton coeur qui parle mais la pitié que tu as pour ces types qui la plupart du temps n’ont rien d’autre dans la vie que le rap. C’est grâce à lui qu’ils ont perdu leur pucelage et si tu leur retires ça, tu leur enlèves leur statut de célébrité locale, autrement dit leur seule chance d’avoir un jour des enfants. Voilà comment marchent les choses, à toi de te faire ta place. J’espère que mes conseils te seront utiles et t’éviteront de perdre trop de temps, même si je sais qu’une fois que tu auras intégré la grande famille du hip hop tu m’accuseras d’avoir craché dans la soupe. Si tu as bien lu mes conseils, tu sais que la soupe est imbuvable et qu’un glaviot passera facilement pour un oeil dans le bouillon.

Damien Ribeiro.


16 nov. 2006

Navigation à vue pour aveugles en quête de sens.

« Travaille mieux qu’ça où je t’envoie au Lycée Professionnel derrière la Mairie ».
Sacrée menace que je ne prenais jamais à la légère. Rétrospectivement, aujourd’hui encore, je ne saurai toujours pas justifier précisément la psychose que m’inspirait cette injonction.
Peur ? Peur de me retrouver avec le gratin (cramé) qui n’avait pas pu/voulu déjouer la même prophétie parentale ? Même pas, un collège en ZEP donnait déjà le ton et un avant-goût probant. La perspective de passer par l’infamant pseudo entonnoir des filières professionnelles, synonymes d’échec avant et après les avoir incorporées ? Un peu sans doute. Et un peu comme le coureur de 100m qui a eu le malheur de faire 2 faux départs et ne peut pas montrer de quoi il est capable, on s’éternise sur le tartan. Fameux et terrible moment qu’est l’orientation de fin de collège. On joue la montre alors que tout le monde sait déjà que l’on est éliminé, alors qu’on sait soi-même qu’une dernière chance serait la bonne. On prend quand même place pour le départ et on participe à la course. Au bout du couloir, le lycée et ses filières générales. Le lycée, classé ZEP lui aussi. Eviter le L.P, tout ça pour finir en Zone d’Education Prioritaire, satanée plus-value. Avant le départ de la course, tous convergent vers la gare de triage, chacun emprunte sa voie, croit l’avoir trouvée, ou se ment en croyant l’avoir déjà trouvée. Un « on verra bien plus tard » en guise de point virgule.


Vient alors la ligne d’arrivée. Enfin, certains la voient beaucoup plus tôt que d’autres, et pas forcément ceux partis les premiers, sans «handicaps». Ceux-là même qui ont été « punis » en obtenant leurs diplômes professionnels et qualifiants en 2 ou 3 années d’apprentissage, en trouvant très souvent un emploi à la fin de leur formation. 18 ans, un bulletin de salaire, une expérience déjà du monde du travail dans sa propre spécialité. Quelle situation d’échec. En parallèle, 18 ans, un diplôme d’études littéraires général, et un long tunnel qui nous attend en sortant pour les chanceux qui ont « échappé » au Lycée Professionnel. Tous les parcours scolaires ne se déroulent pas avec autant de désillusions durant la course et une fois arrivé. Mais parler systématiquement des trains qui arrivent à l’heure camouflerait l’absence de ceux qui n’arrivent au final jamais.



Amertume et rancœur. Le pire, c’est de savoir que l’on est mort sur le champs de bataille, abattu par un sniper avec tout ce que cela comporte d’anonymat. Qui, pourquoi, comment ? A qui en vouloir ? Objectivement, aucun responsable direct, un ennemi flou, mosaïqué. Et le vertige nous prend quand on croit voir notre propre visage en lieu et place de celui du tireur isolé. Un auto sabotage au moment de l’aiguillage décisif ? Le point virgule s'est fait lifté en points de suspension.

Devrait alors rester le plaisir d’avoir fait de longues études dites supérieures pour la beauté du geste, finalement. Filières littéraires, qui plus est spécialisées et spécialisantes avec un seul échappatoire rentable et conforme : l’enseignement. Une seule voie possible, en des temps où on embauche davantage pour grossir les rangs des forces de l’ordre que ceux du corps professoral, en des temps où le principe des vases communicants ordonne des coupes de budgets et des réductions de poste pour en attribuer –apparemment- davantage ailleurs.

Devraient alors rester les cours pour le GISTI, le soutien scolaire, les stages en collèges et lycées. Au lieu de ça, en fin de chaîne, une chair à canon putride qui farcit les artères de l’ANPE. Le crime fera entrer en bourse nos futurs pénitenciers et maisons d’arrêts privés, le pseudo échec scolaire fera quant à lui la fortune des avatars tout aussi privés de nos futures ex-Agences Nationales pour l’Emploi.

13 nov. 2006

Du sable dans les Boat (People)

L’épidémie de la grippe aviaire s’est déclarée. Elle gagne nos grandes villes, se propage à vitesse grand V. Les français s’enfuient à tire d’aile. Ils se dirigent vers les pays frontaliers, encore exempts de tout cas suspect.
Mais là, le rideau se baisse. On ferme les frontières. On nous condamne à rester de l’autre côté, malades. On choisit de nous regarder mourir, pour son propre confort en un sens.
Logique. Qui laisserait s’installer l’indigence en sa demeure ?
Pire. Des policiers en tenues de décontamination, bardés de champs stériles, nous déportent vers un endroit sain et sauf, pour les leurs. Sain et sauf car, à vol d’oiseau, il faudrait des jours pour revenir à pied à notre point de départ.
Inimaginable, en ces temps où tout se sait tout de suite, en ces temps de surmédiatisation, en ces temps de tragiques quarts d’heures warholiens.
Oui, mais…
OUJDA – ce 10 octobre 2005. Mamoutou n’est pas malade. Enfin, d’un point de vue strictement physiologique, médical, j’entends. Il est seulement porteur d’un trop plein de mélanine. Loin d’être de l’or noir, la mélanine. Mamoutou n’est pas venu au Maroc en touriste. Il y a seulement une chance sur deux pour qu’il soit orphelin, malade du sida, mutilé de guerre, affamé, apatride… Le genre d’héritage dont on se passerait. Il y a seulement 100 % de chance pour qu’il soit noir. Et pauvre. Bon, ça fait beaucoup.
Mamoutou ne saisit pas que, là, alors qu’il embarque menotté dans un avion pour Nouakchott, ses ancêtres les Gaulois ne lèvent pas le petit doigt pour lui.
Peur que le ciel leur tombe sur la tête. Sans doute.
Peur qu’un oiseau de fer n’atterrisse et n’accroisse la pandémie. Mais la pandémie véritable demeure encore la colonisation, conséquence d’un impérialisme gangrenant qui se veut rétroactivement toujours bienveillant. Paternalisme mué en rapports ancillaires se perpétuant encore aujourd’hui. Rémiges coupées au sécateur, encore aujourd’hui.
Mais… si les Etats-Unis d’Afrique ou d’Amérique débarquaient et annexaient un pays européen, et ce pendant minimum un demi-siècle, et qu’ils s’appropriaient toutes ses ressources, quelqu’un lèverait-il le petit doigt ? Et quand bien même personne ne réagirait, le pays annexé pourrait-il se relever du sort que lui a réservé la sangsue du sud, sachant qu’elle tient encore et les rênes, et les cordons de la bourse ? Où quand un oiseau de proie se voit couper les rémiges pour terminer gallinacé de basse-cour.
Mamoutou aime bien la politique-fiction. Pendant ce temps, il rêvasse aux Européens qui fuient le gant de velours qui les étreint et obstrue l’accès à la passerelle d’embarquement. La passerelle vers l’Europe, une mère adoptive ingrate, une mère comme Alzheimer en fabrique…
18/10/2005

On sait quand ça commence...


Bah wé, voilà un peu l'endroit où je déverserai tout un tas d'écrits plus ou moins pertinents, sans prétentions aucunes en tout cas. Du billet d'humeur à l'article balayant une série tv, un disque, un film, entrez et prenez place, il me reste des comprimés, il vous faudra bien ça pour vous tenir éveillés.