24 janv. 2007

Coulisses et autres organes...





Suite donc de la découverte de certaines coulisses, à l’heure où les fanzines papiers sont moins présents que jamais (Unité surnage, Gasface porte le flambeau désormais en kiosque et en couleur), voici une interview donnée par Sear (Get Busy) à un fanzine bordelais, Represent (justement sous-titré « Le fanzine qui sort jamais »). Quelques propos instructifs qui, même s’ils datent (n°3, juillet 1997), s’appliquent toujours à certains, que ce soit chez vos libraires ou dans vos favoris internet sous une autre forme. Heure bénie où les Yours, Get Busy, Racines, Da Niouz, Hors-Limite, Down With This / Rapport De Force, Da Funky Kam, The Truth, Watcha, et autres Matsa, même si pas totalement exempts de défauts pour certains, constituaient une solide et crédible alternative locale (avec des réseaux de distrib’ via les shops) à l’hégémonie de la presse publi-rédactionnelle molle du genou et figée dans le consensus. Quelques tentatives récentes ont fait long feu (OMAX6MUM, Fumigènes, Sans Concession), sans oublier les 1ers Syndicat / Real, et White Label, pourtant distribués en kiosque mais en décalage avec le ton pusillanime des habitués des rayons RAP de vos Relais H. Ceux qui savent n’apprendront rien, les autres les remercieront de ne jamais leur en avoir parlé. Vous ne comprenez pas ? Relisez l’intro après avoir lu l’interview.


Membre fondateur et leader de la ligne de conduite du premier Fanzine Hip Hop Français, Get Busy, avec son éthique sans compromission (Interdit Aux Bâtards), Sear fait partie de ceux qui ne baissent leur froc et ne cautionnent pas l’imposture, valeur faisant de plus en plus défaut dans notre mouvement. Nous avons considéré normal de donner la parole à celui qui représente la vraie presse écrite Hip Hop, loin des tapettes de L’Affiche, de Radie Calle, etc… Ici, il est bon de parler de la vérité.

REPRESENT : D’abord ton point de vue sur la presse actuelle par rapport au Hip Hop ?

SEAR : On peut dire que la presse hip hop en 96 a vraiment évolué par rapport à ce qu’elle était en 90 où concrètement, il n’y avait rien. Hormis la Zulu Letter qui n’était pas vraiment un fanzine visant tout le monde mais plutôt un média interne pour les gens de la Zulu Nation et fait par Candy. C’était pas un journal musical avec des critiques et des chroniques, c’était un journal de contact, un organe interne en fait. Après, y’a eu Get Busy, puis d’autres fanzines ont suivi. Nous, on a fait Get Busy à cause d’une période de grosse connerie autour du rap (89/90). Avec des articles de France Soir, La 5 et Guillaume Durand qui faisaient un compte-rendu toutes les 5 minutes du concert de Public Enemy au Zénith comme si c’était la guerre du Koweït ! France Soir qui avait fait la carte des bandes à Paris où ils mettaient NTM et Les Little MC’s. Comme bande, on faisait pas mieux : Les Little étaient deux ! Voilà, que des conneries comme ça. Puis à côté de ça, la presse rock (Rock & Folk, Best) commençait à se réveiller sur le rap alors qu’ils avaient toujours craché dessus. Le coté rebelle du rock s’était déjà effacé depuis quelques temps, alors Public Enemy, c’était les nouveaux Rolling Stone, LL Cool J avait été appelé le Elvis du rap et pouis NTM, eux, ils étaient comparés aux Béruriers Noirs !! Ils se trouvaient des nouveaux frissons avec le rap alors qu’ils avaient TOUJOURS craché dessus. Nous, ça nous a saoulé et puis dans Rock & Folk, il y avait un journaliste qui s’appelait Filox et qui s’amusait à déchirer les rappeurs français. Il avait fait une chronique de Saliha où il méprisait vraiment tout le rap français. C’est toutes ces circonstances qui nous ont poussé à faire le truc. On a pensé que c’était nous, les gens du Hip Hop, qui étions les mieux placés pour en parler. Pour nous, c’était logique. On a commencé avec les moyens du bord : photocopies et tout le merdier. Puis, on a progressé, progressé et comme on est tombé dans une periode de mediatisation du rap français, on s’est retrouvés dans des émissions télé qui ont fait la réputation de Get Busy et du ton si spécial que nous avons. Voilà, je pense que ça a poussé du monde à faire des fanzines : on a prouvé que c’était possible e qu’on pouvait amener le truc assez loin. Après, y’a eu Yours, Down With This, Da Niouz, des fanzines de graff. Puis en province : Racines à Nice, Da Funky kam à Strasbourg, vous à Bordeaux. Après, vu l’ampleur qu’a pris le rap en France, des magazines se sont créés. Y’avait déjà L’Affiche qui d’abord était gratuit et distribué à la Fnac, puis en kiosque, et qui, comme tout magazine en kiosque, marche au publi-rédactionnel.
Le contenu est payé par les maisons de disques, donc y’a pas d’esprit critique, ni de réelle indépendance. Et après, t’as d’autres journaux comme actuellement R.E.R et Radikal, qui dans le cas de R.E.R, ne sont pas faits par des gens du Hip Hop. Et puis c’est fait par des gens du journal Rage et le rédacteur chef est Jean-Eric Perrin, qui fait quasiment toutes les grosses interviews, qui était le rédacteur chef de Best et qui écrit dans des journaux comme Max. Il y fait des top 10 rock dans lesquels il met ses groupes préférés, Oasis et compagnie. Voilà, et il roule en Harley Davidson pour dire qu’il est loin de notre monde. Pour Radikal, c’est fait par des gens qui se disent Hip Hop mais pas le même Hip Hop que moi. C’est plutôt le petit hip hop, petit bourgeois avec plein d’appuis et qui traîne aux Bains Douches. C’est fait par des mecs pour qui, de toute façon, le rap n’est pas vital. Ils peuvent faire autre chose, les fins de mois ne sont pas difficiles chez eux…
On voit que les choses ont évolué mais il n’y a toujours pas de magazine à grande diffusion fait par des gens du Hip Hop. On est toujours dépendants des autres.

REPRESENT : Ne penses-tu pas que la place occupée par R.E.R ou Radikal est la place logique que devrait occuper Get Busy, de par son authenticité et son passé ?

SEAR : Oui, en effet, ça devrait l’être, mais maintenant, il faut expliquer aux gens comment tu fais pour aller en kiosque. C’est pas comme quand tu fais ton fanzine et que t’es indépendant. Même si vous-même vous savez que c’est des galères, quand tu vas en kiosque, t’es obligé de passer par une boîte de distribution appelée les NMPP ou les MLP. C’est eux qui s’occupent de prendre ton truc à l’imprimerie et il faut un tirage minimum de 20 000 ou 30 000 exemplaires. Moi, j’ai déjà demandé des devis et un truc comme Radikal, rien qu’en frais d’imprimerie, c’est à peu près 30 briques, 300 000 francs !! (> un peu plus de 45 000 €) donc, quand ils se la jouent petits B.Boy’s qui ont cassé leur tirelire, soit ils avaient une grosse tirelire, soit.. Ensuite, tu passes par les NMPP qui te distribuent en kiosques mais qui te taxent sur tes ventes et sur tes invendus. Si, par exemple, tu tires à 40 000 en sachant que tu vas vendre à 15 000 exemplaires, t’en as 25 000 qui vont à la poubelle. T’es obligé, c’est pour qu’il y ait de la mise en place. Le pourcentage qu’ils te prennent entre tes ventes et tes invendus représente 60% de ton prix de vente. Donc sur un Get Busy qui coûterait 20 francs (> un peu plus de 3€), les NMPP prendraient 12 francs (>1,83€), là-dessus, il te reste 8 francs (> 1,22€) avec lesquels tu dois payer 300 000 francs d’imprimerie. Voilà donc comment tu vis, c’est grâce aux pubs. Tes ventes ne te suffisent pas… Donc, tu vis des pubs, donc t’es dans une situation où t’es dépendant et la plupart des journaux se font maquer par les maisons de disques. C’est pour ça que L’Affiche fait du publi-redactionnel, c’est pour ça que Radikal, malgré le fait qu’ils s’en défendent, ils en font. Je l’ai vu dans leur tarif publicitaire, c’est proposé. Et ça, je leur ai mis dans la gueule, ils ne savaient pas quoi dire… Donc, d’un côté, vous avez Get Busy qui, avec son ton, sa conception du Hip Hop et tout ce que ça représente au niveau de l’éthique, ne peut pas être vendu en kiosque actuellement, c’est pas possible. Get Busy ne fera jamais ce genre de concessions. Sinon, Get Busy ne serait plus Get Busy ! Moi, j’ai pas envie d’aller en kiosque pour devenir L’Affiche, ça m’intéresse pas et ça intéresserait qui ? Personne. C’est qu’une question de temps. Ce que j’espère, c’est mettre assez d’argent de côté et y arriver par moi-même et tous les enculer. De toute façon, tu peux pas tromper les gens éternellement. Radikal et L’Affiche n’ont pas endormi tout le monde, s’ils vendent bien en province, c’est uniquement parce qu’il n’y a rien d’autre. Y’a pas assez de presse underground. Maintenant, nous, on sait que Radikal ou L’Affiche, tu les lis en 5 minutes. Le décalage entre Paris et province n’existe plus vraiment, les provinciaux sont à la page. Les nouveautés qui arrivent sur Paris, ils les ont aussi. Donc, tu peux pas bluffer éternellement, et un truc comme Radikal marchera tant qu’il n’y aura rien d’autre à lire. Et encore, je suis même pas sûr que ça marche.


A noter un parfait prolongement sur la compilation Kool & Radikal où figure sur la partie CD-Rom un débat filmé sur la presse rap entre divers intervenants dont Sear et Perrin. Let’s beef.

1 commentaire:

Wathanak a dit…

Nostalgie quand tu nous tiens!
Le blog est sacrément bien écrit pardi.

Bien jouesh continush comme ash CRS-One.

Big up aux NarcoZzZ (rip).

Wathson